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Réflexions paysannes pour la souveraineté alimentaire


Alexandre Beaupré, Bryan Dale, Michael Fleckenstein, Marie-Soleil Lallier, Lise-Anne Léveillé, Mariklôde Tardi, Stéphanie Wang    



L’an dernier, les agriculteurs.trices en Inde, en Europe et au Québec sont descendus dans la rue pour manifester leur ras-le-bol. Perspectives paysannes sur les causes et avenues de sorties visionnaires de la crise agricole.


Situation agricole

Au Québec, le modèle productiviste, conçu à l’origine pour commercialiser les produits agricoles à de meilleurs prix afin de nourrir les villes et la société, s’est ensuite réorienté vers les marchés d’exportations organisés en libre marché et contrôlés par des entreprises multinationales. 


Le système agroalimentaire est fait pour assurer les profits d’une industrie qui oriente de manière scandaleuse les recommandations agronomiques pour l’usage des pesticides tout en rendant les agriculteurs.trices dépendants de ces substances toxiques en raison de la dégradation des sols qui découle de leur usage. Entraînés dans la course à la productivité, la tendance est même de rendre les agriculteurs.trices responsables des effets néfastes des pratiques agricoles qu’on leur impose : perte de biodiversité, pollution des eaux, réchauffement climatique… Ne nous étonnons pas que le taux de suicide parmi les agriculteurs.trices soit près du double de celui de la moyenne de la population au Québec - à l’exception de celui des Premiers Peuples. 


Grossir ou disparaître? Poussées au surendettement, les fermes paient le prix fort de la hausse des taux d’intérêts sans pour autant percevoir un salaire décent. Les terres, les intrants de synthèse, la machinerie, les infrastructures des fermes familiales n’appartiennent plus aux agriculteurs, mais aux banques et aux spéculateurs. Il faut donc se rendre à l’évidence : la moyenne des fermes est déficitaire. Elles ne vivent plus de leurs activités agricoles et c’est le gouvernement qui les maintient en vie grâce aux subventions gouvernementales. 


Révolution tranquille agricole


Les subventions et les mesures graduelles et peu ambitieuses telles que préconisées dans le Plan d'agriculture durable du gouvernement québécois ne garantissent aucunement la pérennité des fermes. Comment mieux soutenir notre agriculture pour qu’elle nous nourrisse à long terme? Par exemple, si l’on répartit 1,1 G$ (total des subventions agricoles en 2023 au Québec) parmi les 42 265 exploitants agricoles recensés en 2021 dans la province, on obtiendrait un revenu de base de 26 026 $ par personne. Bien que modeste, ce montant pourrait facilement être bonifié par l’allègement du fardeau administratif lié aux demandes de subventions. Ou si on utilisait 1,1 G$ pour acquérir chaque année une moyenne de 45 385 hectares, soit 2 % des terres agricoles québécoises, le gouvernement détrônerait les banques et les fonds d’investissements dans la possession des terres agricoles – lesquelles pourraient être mises en fiducie ou en aires de conservation agricole pour protéger leur vocation, et ce à perpétuité.


Gestion du bien commun et décentralisation


Face aux crises qui résultent de la logique capitaliste, comment modifier les règles pour engager une bifurcation vers des systèmes alimentaires socialement et écologiquement soutenables? 


Le Comité de la Sécurité Alimentaire des Nations Unies propose des éléments de réponse pour réorienter nos investissements sociétaux en agriculture : la réduction des combustibles fossiles, la science agroécologique et un système alimentaire mondial décentralisé tout en mettant un terme à la mondialisation. 


Dans un Québec agroécologique, la ferme à échelle humaine deviendrait la norme. Les nutriments et la fertilité seraient recyclés dans des systèmes fermés et la recherche serait orientée vers la science agroécologique au lieu de travailler au seul bénéfice de l'agroindustrie. Le concept de «transition juste» appelle à l’expansion d’une diversité de modèles d’entreprises agricoles respectueux de l’environnement et des communautés. En renforçant les liens entre producteurs et consommateurs, ces nouveaux modèles éliminent les nombreux intermédiaires et permettent une meilleure valorisation du métier d’agriculteur.trices, donc une rémunération plus décente sans pour autant coûter plus cher aux consommateurs. 


En s’inspirant du concept des «communs», une véritable souveraineté alimentaire serait de permettre aux collectifs d’habitants et habitantes d'avoir des espaces démocratiques pour prendre soin, produire, partager et décider ensemble des aliments et services nécessaires à leur épanouissement. La co-construction est un processus de prise de décision collective visant à mettre en place des politiques publiques orientées vers l'intérêt général. Dans une Société des communs, les grandes entreprises n’auraient plus un contrôle total sur les systèmes de production, transformation et distribution agricoles. Les agriculteurs.trices auraient une voix à travers une pluralité de syndicats agricoles, des coopératives et des alliances solidaires entre producteurs.trices et citoyens.nes. 


C’est en ce sens que l’Union paysanne travaille depuis 2001; réaliser un système alimentaire plus démocratique, juste, équitable, résilient et écologique.

 
 
 

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