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La saga Colbex-Levinoff revisitée


L'artiste Justin Laramée a diffusé récemment une série de 6 balados sous le nom de Front de boeuf, portant sur l'incroyable histoire de l'abattoir Colbex-Levinoff à St-Cyrille-de-Wendover. On y découvre des faits pour le moins troublants sur l'industrie du bœuf, en particulier de la vache de réforme, expression désignant une vache laitière dont l'éleveur se départit, surtout pour des raisons de baisse de productivité ou de santé.


Parti de sa pièce de docu-théâtre « Run de lait », Justin Laramée plonge dans le circuit de ces vaches, relatant l'épisode de vache folle et ses remous sur le marché bovin, documentant la faillite du principal abattoir de ces vaches qui constituait un quasi-monopole. Sans surprise véritable, on découvre que nos vaches parcourent des distances invraisemblables jusqu'aux abattoirs maintenant à l'étranger et que finalement, en dépit de l'important cheptel laitier du Québec, ces vaches ne se retrouvent que difficilement dans nos épiceries. Pour le reste, je suggère l'écoute des balados.


Alors que le discours de l'autonomie alimentaire bat son plein et que les relations commerciales avec l'oncle Donald du sud sont pour le moins tendues, on comprend mal le contexte actuel de l'approvisionnement de nos épiceries avec ces vaches. Comment se fait-il que dans bien des cas, un producteur laitier qui amène une vache à l'abattoir régional n'ait pas le droit de ramener cette viande à sa ferme pour la vendre? Il s'agit pourtant d'un abattoir inspecté. 


Comment se fait-il qu'il y ait si peu d'abattoirs au Québec? Environ une cinquantaine pour un gigantesque territoire. En comparaison, la Suisse en a 800 et l'Allemagne 4100.


On peut aussi se questionner sur le mode de gestion de cet abattoir, qui a été exproprié et remis à la fédération des producteurs de bovins, affiliée à l'UPA, pour ensuite mettre à pied environ 300 travailleurs. Je me souviens à l'époque que l'UPA dénonçait ce monopole...


Beaucoup de perdants dans cette histoire. Des travailleurs, des agriculteurs, des consommateurs aussi, désireux d'acheter local. Les vaches également, devant parcourir de longues distances avant la mise à mort. Mais aussi des contribuables, qui ont dû payer le désastre. La dernière facture publique s'élève à 19,5 millions de dollars lorsque le ministre de l'agriculture, André Lamontagne, a fait l'annonce en mars 2025 qu'il rayait la dette de la fédération.


Bien sûr qu'il y a le contexte économique, la concentration des acheteurs et distributeurs, la vache folle (déclenchée soi-dit en passant parce qu'on a permis de nourrir des herbivores avec de la viande, pas toujours fraîche de surcroît...) mais je crois qu'une véritable volonté d'augmenter notre degré d'autonomie devra passer par un plus grand nombre d'abattoirs, voire permettre l'abattage à la ferme, au lieu de concentrer ce secteur. Quand l'autonomie rime avec diversité.


Maxime Laplante, président

 
 
 

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